On était allé prendre l'air de la Lozère
Vacances de février. Envie de changer d'air. De refaire une traversée de la France en camion. de rouler dans tout ces paysages avec sur les vitres de mes enfants les visages en surimpression. accompagnés par France Inter ou la clé USB, le juke-boxer. Le café bouillant de la thermos qui viendrait me réveiller au volant, de temps en temps. Arriver en soirée avec le sourire et tourner dans le chemin abrupte sans trop savoir comment cette fois encore on va s'en sortir. Descendre et virer, s'arrêter, couper le moteur et laisser le gros silence prendre possession de nous. Laisser tomber les épaules et les mains du volant. Allez, on descend. Encore quelques pentes glissantes et poussiéreuses bien connues, longer la maison des voisins et pousser la lourde porte cévenole du porche en chataîgner qui grince sur ses gonds. La recaler avec la barre de fer pour que le vent ne la fasse pas claquer et faire trois pas dans le noir avant de frapper. la lumière jaillit à l'ouverture et on se réchauffe au sourire du frangin qui nous accueille. Les parents sont déjà là, un peu fourbus de leur semaine passée chez l'autre frère, le plus jeune, là-bas en dessous de Carcassone, à construire des cabanes en buis ou je ne sais quoi et à se laver à la source dans le vent froid parce que l'eau courante a été coupée.
Une semaine en plongée dans les cercles des écobio et alter à visiter les dernières installations autosuffisantes, les dernières trouvailles. A fréquenter les toilettes sèches et les cuisinières à bois et à boire des coups de vin en confrontant ses points de vue. La belle semaine aérée à se lever presque à l'aurore pour faire prisonnier neufs cochons dans un vieux ford déglingué où ils ont élus paillasse pour se tenir au sec de leurs conneries et de leur merde. Et plus tard, de se payer un bon moment de rigolade en les voyant dégringoler plutôt que descendre de leur camping car pour découvrir tout géné leur nouvel enclos dont ils comprendrons bien vite les limites en s'électrifiant le groin à grands cris.
Escalader le mont d'en face pour voir le mas d'un point de vue nouveau, plus haut. Occasion de ballades un peu risquées dans une petite gorge escarpées parsemée de pièges feuillus. Découvrir une belle chutte d'eau encore inconnue, en amont du vieux moulin.
Regarder, le temps d'une semaine, vivre son frère et sa compagne et sa fille. Et le ventre s'arrondir à nouveau de la maman courageuse qui s'accroche malgré notre venue un peu tapageuse à la préparation d'un oral de concours administratif, non sans essuyer au passages les remarques désobligeantes et quelques peu injustes du frère. Petits arrangements avec la conscience. petites concessions bien douloureuses et charme de la vie à deux. Faire mieux connaissance avec la petite baie noire du mont lozère, vérifier qu'elle nous reconnait maintenant et chahuter juste un peu sous l'oeil inquisiteur de son père. L'inquiet. Faire semblant de la manger ou se lancer dans un foot avec une noisette au milieu des chaises et de l'encombrement général de l'unique pièce.
Et puis repartir. Pas déjà. Pour mieux revenir très vite. Le bon moment. les belles journées de printemps avant le printemps. Les grillades à la yourte et au chuchen, quel mélange !!
