Char...

Oui, c'est bien. Trois petits points de suspension, comme des impacts qui ne pourront jamais être tout à fait suturés. Comme quand on est soudainement interrompu au milieu d'une phrase ou d'une vie et que seul le silence poursuit.

Depuis le mercredi 7 janvier 2015 je sais que je dois écrire quelque chose. Les attentats perpétrés contre Charlie Hebdo, contre des policiers français puis contre des juifs à Paris m'ont d'abord plongé dans une émotion et une tristesse profonde. Mais quasiment simultanément, en même temps que je dévorai les journeaux, je me suis mis à réfléchir, intensément, à dialoguer avec moi-même, avec les autres. Ce blog était déjà pour moi un moyen de réfléchir tout haut, de m'exprimer. Chaque mot qui s'y trouve aujourd'hui a pris un poids démultiplié. Oui, j'ai été Charlie comme tout le monde ces derniers jours, mais je suis surtout bien autre chose. Je suis Nicolas Dublé, tout simplement. Avec mes idées et mes mots qui n'ont jamais voulu s'imposer aux autres, mais qui n'ont jamais accepté non plus d'être dominés par les autres et qui ne l'accepteront jamais. plutôt mourir.

Les premiers jours, je n'ai cessé d'avoir les larmes aux yeux pour un oui pour un non. J'allumais la radio... Je pensais à mes enfants... Je voyais un dessin dans la presse... Tout m'était tristesse, tout m'effondrai. J'avais du prendre une balle perdue, un éclat de rire.

Depuis, tous mes combats, toutes mes idées, je les revis, les réfléchis. Je suis en deuil. Des gens sont morts et moi je vais vivre encore.

Depuis longtemps je suis convaincu, j'exerce mon droit à la parole. Dès que je peux, je dis ce que je veux, ce que je pense. Depuis le jour où mes parents m'ont offert deux livres qui sont restés en moi et m'ont fait devenir ce que je suis : Les Droits de l'homme racontés aux enfants de Jean-Louis Ducamp et Le racisme raconté aux enfants de Georges Jean. Ces livres, je m'en souviens très bien, me parlaient comme si j'étais un grand, peut-être avais-je huit ou neuf ans, peut-être un peu plus.

Ils ont cristallisé au fond de mon être des convictions inébranlables sur lesquelles je me suis construit peu à peu. un cap duquel je n'ai pas dévié, constituant peut-être en moi un système de valeur que j'ai fait mien et essaye d'appliquer dans tous les compartiments de ma vie.

C'était quoi en fait ce qui vient de se passer ? On a dit attentat, les journaux ont parlé de barbarie. C'était un meurtre ? L'assassinat de journalistes qui prenaient la parole librement, qui brandissaient leur droit de dire ce qu'ils voulaient, brocardant la connerie, la méchanceté, l'étroitesse d'esprit, la religion. Depuis que l'homme est homme on tue, assurant que c'est pour servir un Dieu dont je sais moi qu'il n'existe pas. Ma vie je la vie sans dieu, mais je fais chier qui avec ça ? oui, bien sur, en tant qu'humain humaniste j'aimerai qu'un jour les hommes puissent assumer leurs actes sans avoir recours à dieu, mais j'ai le temps. Je sais que c'est possible d'être heureux mécréant, puisque j'y parviens. Je ne fais pas de prosélytisme, je ne cherche pas à convaincre quiconque d'abandonner sa croyance. Toi tu sais que Dieu existe. Tant que tu ne m'emmerde pas avec ça, ça me va. Moi je sais qu'il n'existe pas, mais ce n'est pas parce que je dis ça que ton Dieu disparaît : nos deux paroles sont à égalité. Il suffit que cet équilibre soit respecté et on pourra se cotoyer, s'engueuler, s'aimer, échanger, vivre ensemble sans jamais plus avoir envie de se tuer.

De toute manière tuer n'a jamais rien changé. Les idées ne meurent pas, au contraire, cela ne fait que les renforcer, les rendre plus belle, plus immortelles encore. Tuer ne sert qu'à faire de la peine, mais cela n'a jamais été héroïque, surtout dans le cas où l'on tire à bout portant sur des gens sans défenses. Le vrai courage serait de se hisser à la portée de celui avec qui on n'est pas d'accord et de le combattre avec ses armes. Si l'on est opposé à Charlie Hebdo, pourquoi ne pas les attaquer sur leur terrain, celui du dessin et des mots ? Pas si facile.

Je vis en France, je suis français et n'en ai jamais été très fier parce que je pense que ces frontières dessinées par des hommes sont bien artificielles et reposent sur un besoin ancestral de se trouver un autre, contre qui se construire, un ennemi, un inconnu, un barbare au regard duquel on puisse apparaître dans toute sa grandeur et sa supériorité. Par contre j'ai été ravis de voir le week-end des 10 et 11 janvier 2015 qu'une humanité existait encore et qu'elle était capable de réagir aussi fortement et internationalement. Que la France soit agressée en son sein a bouleversé des gens dans le monde entier. C'est donc que ce peuple est encore perçu comme un peuple ami, un de ces vieux peuple qui porte haut les valeurs de liberté de penser, de fraternité. Ce peuple regardé hier comme râleur et quasi réactionnaire, aujourd'hui à nouveau comme révolutionnaire et résistant.

Charlie Hebdo a pris une importance et une dimension que jamais il n'aurait eu sans ce crime. Il est entré dans l'histoire à jamais comme un symbole de l'esprit français, aux côtés de Rabelais, Voltaire, Molière. Belle réussite en vérité pour qui voulait le supprimer.

Reste que l'humanité se trouve à nouveau en danger. on vient de comprendre qu'il allait falloir sacrément se remonter les manches et mettre les mains dans le cambouis pour résister à ce nouvel assaut de l'obscurantisme. Il va falloir être à la hauteur de l'enjeu les gars, va falloir se remettre à réfléchir un peu. La mollesse paresseuse de la société de consommation va devoir secouer son ventre mou et se remettre au combat. Le combat des idées, le combat des lumières.

A commencer par l'éducation nationale.

Ne devrait-on pas se fixer comme objectif que plus aucun enfant ne sorte de l'école primaire sans maîtriser parfaitement sa langue maternelle ? Sans posséder un solide vocabulaire ? Quitte à faire l'impasse sur d'autres matières ? Comment prétendre inculquer quoi que ce soit à des êtres humains qui comprennent mal leur langue ? comment entrer dans la subtilité et la finesse de la compréhension alors que notre vocabulaire se limite à un langage factuel et basique ?

Ne devrait-on pas instaurer de la philosophie en primaire, plutôt que d'apprendre aux enfants à se servir d'un ordinateur, ce que l'on apprend très vite et tout seul ?

N'a-t-on pas laissé dévaloriser l'effort intellectuel, la réflexion ? Comment pourrait-on convaincre que l'intelligence, la réflexion, le dialogue sont essentiels à la paix et convaincre que le but à atteindre est bien la paix et non la guerre ?

Pourrait-on décider d'embaucher des enseignants qui devraient avant tout apprendre et se former aux savoir-être plutôt qu'aux seuls savoirs, certes importants mais impossible à transmettre tant que l'on a pas su créer les conditions du vouloir apprendre, tant que l'on reste incapables de motiver des élèves ?

Ne serait-il pas possible enfin de décider que l'école, terreau de la République, doit bénéficier de tous les moyens nécessaires pour atteindre son but. Pourquoi ne pas faire en sorte que plus aucune classe ne dépasse l'effectif de 20 élèves ? Aujourd'hui dès la maternelle les enfants sont à plus de trente élèves par classe, pour moi, dans ces conditions, l'école devient une vaste garderie. Et les enfants qui tirent leur épingle du jeu sont ceux qui ont déjà tous les autres avantages.

Et le divertissement, et l'animation :

Pourrait-on réfléchir à produire des jeux intelligent sur les consoles ? Des jeux attractifs mais qui reposeraient sur des valeurs de bienveillance, de respect de l'autre, des jeux qui forceraient le joueur à gagner l'amitié des autres personnages pour atteindre son objectif ?

La télévision pourrait-elle rester distrayante et attirante sans tomber dans la débilité et l'immondice crasse ?

Pourrait-on se donner les moyens de créer une vraie formation qualifiante pour les animateurs ?

Si tous les enfants parvenaient à l'âge adulte en ayant été respectés, éduqués, ouverts, cultivés, considérés comme de vrais interlocuteurs depuis leur plus jeune âge...Peut-être qu'il sauraient mieux se défendre, argumenter, exister tranquilement sans se réfugier derrière un dieu quelconque ?

Pourrait-on ouvrir le débat sur les bases d'une éducation parentale ? Ne devrait-on pas créer des écoles de parents où l'on réfléchirait ensemble aux tenants et aboutissants de notre rôle de parents ?

Seulement pour cela, il faudrait aussi que les richesses soient un peu plus partagées sur cette terre. Car en voilà une de vraie violence à mon avis : celle de la confiscation des 80% de la richesse mondiale par à peine 10% des plus riches de cette planète. Vous les riches, les très très riches, qu'attendez-vous pour réagir et répartir tout cet argent ? mettez-le dans l'éducation des enfants du monde, dans l'accès à l'eau potable pour tous, aux soins, à l'limentation. Il y a fort à parier que le terrorisme serait rapidement réduit à peau de chagrin. La haine pousse également sur la misère et la pauvreté quand elle a en face d'elle une aussi insolente et inaccessible santé. L'envie et la jalousie peuvent rendre terriblement violent. L'insolence de la richesse est un appel au meurtre, elle repose sur l'injustice.

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