Marie-Blanche
Ce gros roman américain de 600 pages est en partie autobiographique puisqu'il raconte les origines de l'auteur à travers deux figures féminines, Marie-Blanche, sa mère et Renée, sa grand-mère maternelle. Origines françaises d'ailleurs et nobles de surcroît car Renée, on l'apprend dès le premier chapitre, est "arrivée" en 1899 à la Borne-Blanche, petit chateau famillial d'Orry-la-Ville (Plaine de Senlis), propriété du comte Maurice et de la comtesse Henriette de Fontarce. Renée est née d'une des nombreuses liaison extra-conjugale du comte, petit noble ruiné, oisif et dépensier. Très vite, cette famille endettée va finir sous la houlette du vicomte Gabriel, frère de Maurice, travailleur, menant des commerces très rentables en Egypte où il va entraîner toute la famille pour les sauver de la bancroutte. Au passage, très épris de la toute jeune Renée, encore enfant, il profitera de la faiblesse du comte et de sa propre liaison avec la comtesse pour se faire le père adoptif de la fillette avant de pousser beaucoup plus loin ses relations incestueuses avec elle.
Marie-Blanche, fille de Renée et de Guy de Brotonne, également née en France, à Paris, le 7 décembre 1920, sera elle-même très jeune, la victime des apétits illicites de l'oncle Gabriel. C'est elle, qui en se marriant en 1940 aux Etats-Unis avec le Lieutenant William D. Fergus, dit Bill, donnera naissance à trois enfants dont Jimmy, l'auteur du roman. Plusieurs drames jallonent sa vie qui font très tôt d'elle une alcoolique désespérée. L'auteur nous la décrit comme une femme rabaissée et mal-aimée par sa mère, accumulant les malheurs, ayant raté sa vie.
Le roman est construit en une grande boucle, autour de Marie-Blanche dans une alternance de chapitres consacrés tantôt à Renée (au style indirect), tantôt à elle-même s'exprimant à la permière personne du singulier.
Une lecture facile qui aurait pu être ressérée à mon avis. Le portrait d'une petite noblesse en déliquescence, croyant tout pouvoir acheter et semant le désastre et la ruine dans la vie de ses enfants. Les rares personnages masculins bienveillants et attentifs à l'égard des filles sont souvent faibles. Seuls les gens de maison, domestiques, cochers, simples et un peu trop obéissants parviennent à garder l'amitié du lecteur qui de chapitre en chapitre devient un juge impitoyable pour les personnages adultes principaux, en premier lieu à l'égard du vicomte Gabriel, violent, autoritaire, tout entier tourné vers son plaisir individuel et malsaint reposant sur l'interdit, mais aussi pour le comte, faible et lâche, se réfugiant dans les bras de ses maîtresses à chaque problème. Plus tard dans le livre, en tant que mère, Renée devient également dure, injuste et despotique vis à vie de Marie-Blanche qui paiera finalement le prix fort. Que penser alors des deux enfants qui restent dont l'auteur de ce livre?
(Marie-Blanche, roman américain de Jim Fergus, traduit de l'anglais par Jean-Luc Piningre, Le cherche midi, 2011, 605p.)