Il fait tard de plus en plus tôt
C'est un lundi chers amis. Un lundi aéré, venteux, qui fait passer sur les feuilles mortes du jardin des successions rapides de lumière crue et d'ombrageuses grisailles. C'est un après-midi libre, sans échéance. Le temps y prend toute sa mesure et s'allonge paresseusement à l'intérieur des murs. Propice à l'écriture, si rare en journée, tellement plus souvent pratiquée aux approches du sommeil, aux limites de la nuit. La barre à rideaux ? On verra plus tard, pas envie. La chasse d'eau qui fuit ? Tant pis. Bientôt, promis. Ecrire. Ecrire à des amis, répondre à des lettres reçues tantôt et laissées en attente. La course. Après quoi ? Après qui ? Peut-on s'arrêter un moment ? Regarder autour de soi, en soi, où tout est en désordre, sens dessus-dessous.
C'est les vacances scolaires. Dans toute le France, les enfants se sont mis au repos, au jeu, à la camaraderie. Certains découvrent les premiers émois amoureux, les autres s'enfoncent parresseusement tout au fond de leur chambre protectrice, rassurante. Une retraite bien méritée, une revanche sur le subbit. Tout à coup on échappe à l'obligation de la vie, c'est la récrée. Vive la liberté ! D'autant plus savoureuse qu'elle est de courte durée. Le chat sort de sa sieste et baille interminablement en étirant tout son corps, des griffes aux griffes. Dans la cuisine, le silence et le vide. Un plat qui trempe. Près de la cheminée, un empilement de cartons et cagettes dans lesquels sèchent les noix et noisettes ramassées au jardin. On frappe à la porte. Les éboueurs et leur calendrier. C'est l'automne.
