Rien ne s'oppose à la nuit
Je sors tout juste de ce roman de Delphine de Vigan paru cette année chez JC Lattès. Je l'ai lu en trois jours, le coeur battant, retenant presque ma respiration. J'ai été bouleversé, remué aux sanglots. C'est l'histoire d'une famille, celle de l'auteur. Cette histoire commence par la mort de Lucille sa mère qu'elle retrouve morte au début du livre. Très vite l'auteur/ narratrice/confidente/enquêtrice comprend qu'elle doit écrire sur sa mère. Nous on comprend à mesure que le livre avance pourquoi elle a cette urgence à dire cette femme, son enfance, sa fratrie nombreuse, sa mère, son père... C'est comme une marée qui monte et nous submerge, on ne peut rien en dire, elle dit tout.
A mesure que je lisais ce livre, il résonnait en moi très fort. Toutes ces questions sur l'impérieuse nécessité de dire l'indicible, d'écrire. Le courage de Delphine de Vigan à aller de l'avant, sa sincérité, y compris dans les doutes et les questions qu'elle se pose et qu'elle nous livre sans pudeur. Jamais de complaisance pourtant, un regard juste, une distance juste entre suffisamment de recul et tellement d'implication.
C'est un choc immense que je n'avais pas ressenti depuis longtemps. J'ai fini le livre secoué, dans un état d'émotion similaire à celui que j'aurais pu connaître dans la vraie vie. La puissance de ce qui se dit ici, la gravité, la franchise, le respect. Le plus étonnant, c'est l'universalité du propos alors qu'il s'agit d'une expérience unique : je pense que ce pourrait être une définition de la littérature. Je suis très fortement impressionnée par la démarche, par la maîtrise, par l'intelligence de ce livre et par la profonde honnêteté qui le sous-tend. Une lecture enthousiasmante. Merci.