Les Douze Enfants de Paris
Je sors à peine de ce gros roman. Les yeux fatigués d'avoir lu plusieurs heures d'affilé pour en connaître le dénouement. Je n'ai pas lu "La Religion", premier volume de la trilogie dans lequel apparaissent Matthias Tannhauser et sa femme Carla (le troisième est à paraître). Mais je vais me précipiter pour l'acheter et le lire. Cependant, on peut lire ce roman de 936 pages sans avoir lu le premier volume.
Quand l'histoire commence, Matthias Tannhauser arrive à Paris le 23 août 1572 pour y retrouver sa femme Carla. Celle-ci a été invitée à venir y jouer de la musique au mariage royal de Marguerite de Valois et Henri de Navarre (futur Henri IV). Nous sommes à la veille de la Saint-Barthélemy qui vit se dérouler le massacre des protestants (huguenots)par les catholiques. Très vite on comprend que Matthias, Comte de La Penautier, n'est pas un homme banal : animé d'une autorité brutale, il prend les décisions et agit sans s'encombrer d'états d'âme. Il sait se battre et aime cela. C'est une force de la nature dont le seul moteur, on le découvre tout au long du livre, est l'amour. Mais si l'amour est son moteur, le sang est son combustible, surtout si l'on se met en travers de sa route. Or, sa femme Carla, prête à accoucher, disparaît au milieu d'un bain de sang et d'entrailles. Dès lors, Matthias va sillonner la ville du Louvres aux bas-fonds de Paris en quête de sa femme. Gare à qui il croisera. Parallèlement, les déboires de Carla la mèneront également à plusieurs endroits de Paris. Chacun, s'efforçant de retrouver l'autre, fait des rencontres multiples dont certaines, pour la plupart des enfants, deviendront leurs meilleurs alliés et même leurs enfants.
Ainsi l'on croise beaucoup de personnages très attachants tels Grégoire (Matthias le prend sous on aile alors qu'il est en train de se faire battre par son maître palfrenier), Juste (le plus jeune d'une fratrie qui n'aurait pas du provoquer Matthias), Estelle (La Rossa, petite soeur effrontée d'Esmeralda de Hugo), Grymonde (un personnage tout droit sorti de Notre-Dame de Hugo, un frère de Quasimodo), Alice (un peu sorcière), Hugon (petit voleur des rues, celui-là a un petit air de famille avec le Gavroche de Hugo), Pascale et Flore (filles d'imprimeur), Orlandu, Les Souris, Antoinette, Amparo...
Le livre est un bain de sang et d'amour jubilatoire. L'horreur y côtoie la grandeur d'âme et les amitiés les plus fortes. En 36 heures et presque mille pages, on est plongé dans l'humanité tout entière, dans sa chair, dans ses viscères et dans son coeur. On finit par connaître Paris comme sa poche.
Les Douze Enfants de Paris, roman (trad. de l'anglais par Benjamin Legrand) de Tim Willocks, Sonatines, 2013, 936p.