Odeurs
Dans la maison de samedi après-midi, peu de mouvement. Le repas pris, les habitants sont retournés à leurs occupations. Le plus jeune, encore enfant, est allé rejoindre d'autres enfants à quelques kilomètres de là. Son père l'a conduit. Il a roulé vite sur les voies cabossées des campagnes. Au loin, la petite voiture passait à toute allure dans les feuilles mortes en rebondissant. Disparaissait, reparraissait selon les reliefs vieillis mais encore profonds de cette partie de la Picardie. Malgré sa volonté de rattrapper son retard, le jeune garçon est arrivé un peu après l'heure inscrite sur l'invitation mais cela n'a pas semblé bien grave. Un grouillement d'enfants les a accueilli en criant, tout exités de ce regroupement plein de délicieuses promesses. Après avoir dit quelques mots, le père s'en est retourné. Il n'était plus pressé maintenant, mais il a pourtant roulé vite encore, un peu grisé par la puissance de sa voiture trop rassurante. En arrivant chez lui, un mélange d'odeurs fortes l'a assailli dès l'ouverture de la porte d'entrée. Odeurs de gâteau en train de cuire, d'encens musqué. Avec l'automne au pâle soleil dans le dos, il a refermé la porte en prenant soin de ne pas la claquer et a crié "je suis rentré". Le silence lui a répondu "ils sont occupés, ils vivent leur vie, là-haut ou ailleurs. Ils ne t'entendent pas, tu es seul". Seul mais pas seul a-t-il pensé. Plutôt momentanément isolé. Et cette idée lui allait bien. Que ses enfants, que sa compagne soient occupés, affairés, pris dans leurs projets à eux, sans doute solitaires eux-mêmes. Cela arrivait souvent bien sûr, mais il pris conscience seulement là, à ce moment-là, dans ces odeurs, dans cette lumière, de la valeur que cette dispertion représentait. Un sentiment de plénitude et de joie l'envahit.