L'hiver n'y arrive pas...
La table rouge sous les coudes et l'après-midi qui débute. Si je tourne la tête à droite c'est le jardin qui monte en pente dans la grisaille. Si je la tourne à gauche et lève le nez, c'est un ciel gris et rapide traversant ce samedi doux et venteux. Le hasard faisant bien les choses, Mano Solo chante à tue-tête sous la guitare rose en carton. Le feu n'est pas allumé dans la cheminée. Laeselbi marmonne pour elle-même en bricolant je ne sais quoi. Elle découpe du carton. Cutter, bruits de frottements, petits claquements secs. Silence. "Rhaaa brun de merde !! C'est trop épais ça !" Elle fouille dans le bric-à-brac de sa valise aux trésors. Je me régale. La rumeur lointaine d'une vie à l'étage témoigne de la présence des enfants. Les sons diffus sont filtrés par la terre battue. Génie et bon sens paysan. La maison a vraissemblablement été construite au milieu du XIXème siècle. C'est de l'ancien et du robuste. L'arbre à peine équarri qui soutien l'étage et traverse la grande salle de part en part porte vaillamment ses cent cinquante ans. Certes, le poids et la responsabilité lui ont légèrement courbé l'échine, mais cela ne fait que rajouter à son charme.
J'aurais presque envie d'enfiler une paire de bottes et d'aller mettre ma tignasse dans le vent. Laisser courir mon esprit pendant que je regarde les pommiers en essayant de les comprendre pour la taille prochaine. Rapporter du bois pour le feu et m'arrêter à mi-chemin le visage crispé, tentant encore une fois d'imaginer l'agrandissement. En paille ou en brique creuse ? indépendant du bâti actuel ou repris sur la charpente existante ? Faire le tour des arbustes plantés à notre arrivée, s'inquiéter de leur santé, scruter les bourgeons déjà trop avancés. Et si l'hiver arrivait maintenant, après ce long automne humide ? Qu'arriverait-il?
Je me suis donné envie : j'y vais.
