Couleur de peau : miel
Dans ces deux tomes Jung Sik JUN raconte son enfance déracinée. Gamin des rues de Séoul en Corée du Sud, né en 1965, abandonné, recueilli à l'âge de 5 ans dans un orphelinat. Le document établit à son arrivée dans cette institution américaine le décrit brièvement sur le ton d'un rapport de police. On peut y lire la mention : couleur de peau : miel. Il est très vite adopté par une famille en Belgique dans la banlieue francophone de Bruxelles où il grandit au milieu d'une famille de quatre enfants. Rapidement, inévitablement s'impose à lui la question de ses origines, de sa culture. Il passe par plusieurs phases au cours de sa croissance dont celle où il se projette dans la culture japonaise. Mais peu à peu grandit l'envie de revoir les lieux de sa prime enfance et un espoir diffus mais tenace de retrouver sa mère.
Le dessin est sobre, en noir, gris et blanc. Beaucoup d'humour. Un ton caustique et sans concessions. On perçoit très nettement le ressentiment et la colère de l'auteur face à cette destinée à la fois hors du commun et tellement banale au regard des 200 000 enfants coréens adoptés depuis 1958 (ces chiffres sont cités par l'auteur lui-même).
C'est un roman graphique très attachant qui nous renvoi aux autres récits de ce genre : Marzi, Persepolis...Avec des trouvailles narratives et graphiques propres à ce genre de BD dans lesquelles les auteurs se racontent avec la distance qui existe entre un documentaire et une oeuvre de fiction.
Couleur de peau : miel T1 (2007) et T2 (2008). Par Jung. éd. Quadrants. Coll. Astrolabe