Deuxieme-Generation.jpgEn ce moment je découvre avec beaucoup d'intérêt et d'émotion des romans graphiques vraiment surprenants. Art Spiegelman a montré avec Maus (1981-1991) que la bande dessinée pouvait s'atteler aux sujets les plus graves avec la même intensité, la même profondeur et la même sensibilité qu'un roman ou un film. Ce livre de Michel Kichka dont je vais parler ici fait partie de ces oeuvres qui tirent la bande dessinée vers un art majeur. Le sous titre du livre est : "Ce que je n'ai pas dit à mon père" et c'est un livre sur ce que le père de Michel ne lui a pas dit, en tous cas pas tout de suite et encore pas tout. C'est une façon assez détachée d'évoquer le douloureux passé de son père déporté à Auschwitz. Dès la première page on voit la famille à table, les trois enfants écoutant leur père dire "Mmhh! cette soupe me rappelle Auschwitz ! vous savez pourquoi ?" et d'expliquer : "Parce que là-bas, on n'en avait pas ! Voilà un peu le ton du livre. C'est plein d'humour et grave à la fois. Les personnages sont dessinés presque en "gros-nez" et les seuls dessins "réalistes" sont ceux représentants les déportés dans les camps, morts ou vivants. Le livre décrit le malaise que peut générer ce passé, d'abord rarement évoqué, du père, sur ses enfants. Père qui finit par devenir un des derniers témoins, par écrire un livre et multiplier les voyages à Auschwitz pour raconter encore et encore les camps à des générations de visiteurs. Mais qui reste peu bavard avec son fils.

Deuxième génération, ce que je n'ai pas dit à mon père. Roman graphique en noir et blanc de Michel Kichka, Dargaud, 2012.

Retour à l'accueil