Histoire du Siège de Lisbonne
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Raimundo Benvindo Silva est correcteur dans une maison d'édition à Lisbonne. Il se voit confier la correction d'un ouvrage intitulé Histoire du Siège de Lisbonne. Alors qu'il est reconnu comme un bon correcteur, il va délibérément changer un mot dans le livre, remplacer un Oui, par un Non et rendre le livre corrigé sans rien dire. En fait, ce Non est la réponse des Croisés qui mouillent au large de Lisbonne à la demande d'aide du roi Dom Afonso Henriques pour reprendre la ville de Lisbonne aux Maures.

Quand l'éditeur s'aperçoit de l'erreur, il est trop tard, les livres ont été imprimés et Raimundo Silva est convoqué par le directeur de la maison d'édition pour des explications. C'est à ce moment-là qu'il apprend que dorénavant une personne, Maria Sara, sera chargée de superviser les travaux des correcteurs de la maison d'édition. Raimundo Silva n'est pas licencié mais il sera désormais controlé de très près.

Quelques jours plus tard, Maria Sara propose à Raimundo Silva d'écrire sa version de l'histoire du siège de Lisbonne en partant de son erreur. Sans accepter, il s'y mettra. Dès lors, à côté de son travail de correcteur, Raimundo Silva se prend au jeu de l'écrivain et écrit sa version du siège. Parallèlement à quoi, une histoire d'amour va naître entre Maria Silva et lui-même qui coïncide avec une autre histoire d'amour qu'il invente au temps du siège entre un soldat nommé Mogueim et la concubine occasionnelle du chevalier Heinrich, la belle Ouroana.

Tout l'intérêt de ce livre réside dans le style et l'humour de l'auteur. Saramago raconte son histoire de façon très allambiquée, avec des tas de considérations, de réflexions, de circonlocutions qui certes précisent, mais embrouillent, allongent le propos un peu à la manière d'un professeur de facculté qui s'écouterait parler ou plus exactement qui aurait un tel plaisir de la langue, de l'argumentaire, de la démonstration qu'il en deviendrait parfois difficile à suivre. On a l'impression qu'il joue de cela, que c'est un plaisir presque de potache, de blagueur.

Saramago s'amuse aussi à croiser les époques, les différents temps narratifs du livre. Par exemple, page 201, Il intervient en tant que narrateur, alors même que nous assistons aux ultimes négociations entre Maures et Chrétiens avant le siège. Cela a pour conséquence de nous faire manquer le début de la réponse du gouverneur Maure.

C'est un plaisir de lire un auteur s'amuser autant avec l'art de la narration, la questionnant devant nous, expliquant ou justifiant ses choix (voir page 236).

Histoire du siège de Lisbonne, roman de José SARAMAGO, traduit du portugais par Geneviève Leibrich, (titre original : Historia do Cerco de Lisboa), lu dans l'édition poche Points, Seuil, 2012, 341p. (1ère éd. 1989)

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