C'est le début de la nuit

A travers la fenêtre, tout juste éclairé par la lumière de la pièce on distingue en partie le cul du camion. C'est comme ça qu'on dit quand on veut faire court. Un sacré bout de temps qu'on l'a ce vieux peugeot aux sièges défoncés qui m'emmène tous les jours au boulot. Dans lequel tellement de souvenirs de vacances sont déjà accrochés. Un vieux bouquet de fleurs desséchées est toujours coincé par le pare-soleil du passager. Il tombe régulièrement. Pas le courage de le jeter.

Ce soir on n'a pas allumé de feu. Le printemps se fait sentir et je suis rentré tard. Une animation à la bibliothèque. Autour de la poésie. Sans feu c'est triste, c'est funèbre. Il fait froid, la fatigue tombe. Le disque s'est arrêté. C'était beau. Asav Avidan, je l'écoute en boucle en ce moment. J'ai l'impression qu'il me parle.

Je suis encore debout, le seul. Chacun est dans sa chambre, déjà endormi ou luttant contre le sommeil pour forger son adolescence. Tant pis je le remet encore une fois le disque. Une vie sans musique je ne pourrais pas.

On va tout doucement vers avril mais l'hiver donne ses derniers coups de boutoirs. On courbe l'échine sous l'effort, on tend le dos, la sortie du tunnel n'est pas loin. La grillade et la douceur c'est bientôt. Comment font les suédois ?

J'ai envie de voir des gens, d'être léger. Je suis trop lourd, trop grave. L'histoire du monde et des hommes me tire vers le fond. Je ne suis pas bon nageur. J'aime faire la planche sur le dos et dériver sans même une vision sur le côté. Le monde et les hommes...Je pense aux copains, aux frangins frangine. Ça me réchauffe. Vivement l'invention de la téléportation. On pourra claquer des doigts et boire un coup ensemble. Mais maintenant je vais me coucher et lire un peu, quelques pages du Libraire de Régis de Sà Moreira. Après on verra.

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